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FÒK SA CHANJE

samedi 20 mars 2010

La nécessité d’un plan directeur pour l’économie Ayitienne


Depuis sa prise de fonction comme président de la République d’Ayiti, M René Garcia PREVAL, s’est dévoué corps et âme pour trouver un moyen capable de sortir le pays du marasme économique où il s’enlise de jour en jour. Au cœur de ses démarches repose la nécessité d’inviter le secteur privé et surtout les étrangers à investir dans le pays. Comme, la sécurité est une condition sine qua non devant favoriser une telle stratégie, bon gré mal gré, son gouvernement s’est efforcé de la rétablir, mais sans pouvoir garantir qu’elle ne refasse surface sous peu, ni assurer monsieur tout le monde de la protection de ses propriétés. Peu importe, le moment est propice pour recevoir les investisseurs intéressés. De bonne conscience, la communauté internationale qui n’honorait pas ses promesses, commence à reconnaître qu’il est temps d’aider Ayiti réellement, en encourageant ses entrepreneurs à risquer leurs sous dans l’économie Ayitienne. Comme chef de bande, les Etats-Unis ont agréé le projet Hope, le Canada et la France tiennent à emboîter le pas pour contribuer à la relance économique du pays d’une manière ou d’une autre.

Pourtant, l’inquiétude demeure, parce que la remise en chantier de l’économie Ayitienne n’est pas pour demain ni pour le reste du mandat du président, contrairement à ce que croient certains membres du gouvernement. Bien sûr, la situation peut être favorable, mais l’absence d’un plan directeur capable d’articuler une vision pratique de son gouvernement pour résoudre les problèmes économiques est un sérieux handicap. L’objectif de ce texte est de comprendre une telle assertion en :

I : évaluant le calcul économique de l’investisseur ;
II : montrant la nécessité d’avoir un plan directeur ;
III : élaborant sur la nature d’un plan directeur ;
IV : esquissant l’ossature d’un plan directeur.

I : Le calcul économique de l’investisseur

Ayiti, présentant une nature politico-économique instable chronique, prédatrice et non favorable à l’investissement, pousse les investisseurs potentiels à trouver leur refuge financier dans des banques étrangères. De tout temps, la propriété des uns et des autres n’est jamais respectée soit par le gouvernement ou par les individus, sans qu’ils puissent avoir recours à une quelconque entité capable de leur rendre justice. Dans le temps, le gouvernement les dérobait au lieu de les protéger. Aujourd’hui, il leur fait des exactions légales par une imposition fiscale à hauteur de 30% sur un actif égal ou supérieur à 1.250.000.00 gourdes pour engendrer des évasions fiscales et couper court toute initiative de réinvestissement. Parallèlement, ils encourent un risque démesuré face aux couches lésées de la population qui souhaitent s’affirmer violemment dans une société qui les consume à feu doux. Un entrepreneur accepte tout risque annonciateur de richesse. Cependant, quand la probabilité de s’appauvrir est plus élevée, il préfère s’y abstenir ou chercher d’autres opportunités d’enrichissement ailleurs.

Il serait injuste de demander à un entrepreneur local d’ignorer cet élément fondamental de l’abécédaire d’entreprendre pour qu’il soit patriote. Il serait tout aussi incorrect de condamner un entrepreneur qui s’arrange pour protéger d’une manière ou d’une autre ses millions déjà investis quand l’État a failli à sa mission première ‘d’agent de sécurité’ ou de ‘veilleur de nuit’ en admettant son impotence face aux exploits violents des bandits. Aucun entrepreneur rationnel local ou étranger n’accepterait de telles conditions. Il se réfère aux habitudes et à l’histoire d’un lieu dans son calcul économique pour déterminer le niveau du risque qu’il accepte d’encourir. Malgré le regain de sécurité et la prétendue stabilité macroéconomique claironnés par le gouvernement, il est fort douteux que le pays puisse bénéficier d’investissements sérieux capables de faire décoller l’économie du pays pendant le mandat du président PREVAL et même tout de suite après.

Avant de risquer ses millions, un entrepreneur met du temps pour observer le contexte, constater les faits et renifler le milieu. Quatre ans ne suffisent pas pour lui garantir une forte chance de richesse dans un pays entaché historiquement de la non protection des acquis et des propriétés des individus. La variable aléatoire dans son équation qui va déterminer s’il va s’y engager ou pas est la passation du pouvoir à un autre gouvernement sans casses et ceci même après deux périodes de cinq ans. Si l’arrivée de PREVAL lui-même au pouvoir n’était pas très catholique, comment faire croire à l’entrepreneur que ce serait différent lors des prochaines élections présidentielles ?

Non seulement la passation paisible n’est pas sûre, la continuité de cette stabilité n’est pas non plus garantie. Ce que dit le gouvernement importe peu pour l’entrepreneur. Il n’y a que le déroulement des événements comme indicateur de sa décision d’investir ou pas dans le pays. Le contrôle de cette variable ne se résume pas strictement à des actions du gouvernement, mais plutôt aux nouvelles habitudes de la collectivité dans le processus du vivre-ensemble. C’est une affaire d’au moins dix ans. Le mandat de PREVAL peut être une période appropriée pour jeter les bases, mais pas pour attirer les investissements souhaités.

II : La nécessité d’un plan directeur ?

La situation devient plus cruciale quand le gouvernement n’a rien comme plan directeur pour canaliser les investisseurs. Aucun développement économique ne se réalise sans cette boussole. Si un entrepreneur n’a aucune idée des activités économiques sur lesquelles le gouvernement souhaite accentuer pour redonner vie à l’économie, comment va-t-il juger d’un marché qui lui est profitable, surtout s’il est étranger ? Lui dire qu’il y a la sécurité accompagnée d’une stabilité économique ne lui fait ni chaud ni froid ; d’ailleurs suivant ses scrupules, il peut faire du contraire de ces deux états une source de profit. Cependant, s’il sait que le gouvernement se positionne dans le temps pour placer sur une échelle de priorité des objectifs relatifs à la réalité du pays, le terrain est plus rassurant pour maximiser son profit. Dans le cas contraire, c’est le conduire dans un labyrinthe d’incertitudes. Avant de courtiser les entrepreneurs, indifféremment de leur origine, il importe de se mettre dans leur peau pour savoir exactement ce qu’ils chercheraient à obtenir d’Ayiti.

Il ne faut pas s’illusionner en pensant qu’ils viendraient juste pour aider le pays. Ce que Ayiti va leur rapporter demeure la grande question. Il ne s’agit pas seulement de lister les bénéfices que va tirer Ayiti en terme d’emplois et de production. Il faut aussi faire ressortir le potentiel de gain mutuel. Cette pratique d’improvisation économique fait que les individus entreprennent des activités économiques à leur guise pour une maximisation à outrance sans des retombées positives réelles sur le reste de la collectivité. C’est la résultante d’un manque de coordination des activités économiques qui peut porter préjudice aux uns et aux autres. En faisant abstraction d’un plan stratégique de développement économique, la reconnaissance simple du rôle vital de l’investissement privé ne suffit pas pour attirer les investisseurs et attaquer les problèmes socio-économiques.

Si le pays avait déjà un ordre privé où les activités économiques reposent sur un certain degré de coopération régulée par une intervention minimale du gouvernement, l’absence d’un plan directeur ne ferait pas grand défaut. Comme ce n’est pas le cas, celui-ci s’avère nécessaire pour relancer l’économie. Sa justesse réside dans l’identification des secteurs porteurs pour une gestion scientifique des ressources disponibles. Pendant qu’il présenterait la vision du gouvernement sur le développement économique du pays, il assurerait un développement économique durable. Sans être un acteur direct, le gouvernement se réduirait à une fonction régulatrice et incitatrice du développement économique. Ainsi, il garantirait la protection du droit de propriété et faciliterait aux privés toutes les opportunités de gain afin de les inciter à investir et à s’approprier des activités prévues au niveau du plan directeur.

Partant de l’idée qu’une économie a besoin d’une forte capacité de production de biens variés, de création d’emplois, et d’un pouvoir d’achat adéquat pour favoriser une grande consommation, il est impératif de déterminer les secteurs d’activités ayant un potentiel de production avec des effets d’entraînement en amont et en aval. De tels secteurs aussitôt démarrés créent des emplois, font appels à d’autres secteurs pour leur approvisionnement en intrants. Ceux-ci, à leur tour, génèrent d’autres emplois à différents niveaux. Les secteurs qui sont capables de produire cet effet en chaîne sur au moins 5 autres secteurs jouissent de l’atout d’un secteur porteur. Avec comme support une stratégie de substitution à l’importation pour produire les biens habituellement importés, le saut vers l’industrialisation et le développement technologique approprié est très probable. Ce qui tournerait autour d’une spécialisation des régions pour le renforcement de l’agriculture, le développement de l’agro-industrie, de la manufacture, du transport et d’autres services publics et privés favorisant le développement économique durable du pays.

III : La nature d’un plan directeur

Un tel développement dépend nécessairement du développement du marché local qui à son tour dépend d’un système de production intégré. Dans le cas d’Ayiti, cette condition exige une organisation économique différente de celle improvisée par le gouvernement actuel. Ce qui requiert une planification rationnelle des ressources et une structure organique efficiente spécialisant les dix départements du pays dans une activité respective à chacun. Le choix des activités doit être fait en terme de priorité et d’objectifs pratiques que se fixe le gouvernement suivant un calendrier flexible. Sachant qu’il est impossible de résoudre le social sans le progrès économique, le gouvernement doit s’arranger pour stimuler des activités privées visant à alimenter la production du pays. Ce faisant, la création de beaucoup d’emplois avec le pouvoir d’achat du peuple au rendez-vous lui permettra de déblayer son budget et pencher davantage sur la mise en place des infrastructures pour mieux accompagner la nouvelle organisation économique et assister ceux qui sont les plus inaptes à survivre de par eux-mêmes.

Au temps initial par exemple, il ne s’agit pas de tout résoudre quand les ressources font défaut. Sans devoir se consacrer à la mendicité internationale, ni apitoyer les investisseurs étrangers sur le désespoir du pays, le bond en avant est possible. Avec les moyens du bord, quelques prêts affectés de manière appropriée, des sacrifices consentis, et la priorité placée sur les activités productives génératrices d’emplois, les retombées seront immédiates. La population active avec un revenu régulier pourra faire face non seulement à ses propres besoins, mais aussi constituera une source de revenu sûre pour le gouvernement via les impositions sur le revenu et sur les transactions économiques entreprises. S’agissait-il du social, il faudrait longtemps pour en tirer des bénéfices. Ce serait des fonds dépensés sans possibilités immédiates de revenu privé et public pendant au moins une génération.

Avec l’action dans le social, la population serait sans emploi et revenu, et croupirait davantage dans sa misère. En conséquence, le gouvernement avec une source de revenu maigre ne pourrait plus continuer à promouvoir le social sans faire la mendicité. Le cercle vicieux de la pauvreté perpétué dans le pays porterait la population vers la quête de charité auprès des uns et des autres dans le pays comme moyen de survie, et le gouvernement lui-même se transformerait en une navette internationale en quête d’assistance comme politique de développement économique. Loin de vouloir minimiser ou dévaloriser le social, il sera promu sur l’échelle de priorité par rapport à l’économique dans un autre temps, suivant que ce dernier nécessite moins d’accompagnement du gouvernement. Ceci dit, l’économique et le social feront toujours partie de l’agenda du gouvernement simultanément, mais avec une allocation budgétaire moindre par rapport à l’autre dans le temps.

IV : L’ossature d’un plan directeur

Comme le souci du gouvernement est d’élever la production nationale pour absorber la force du travail évaluée à près de 3 000 000 d’individus, le pivot d’un plan directeur aurait pu être la création de 1 000 000 d’emplois sur 4 ans à raison de 250 000 par année. Ce ne serait possible que par la promotion des activités à haute intensité de main d’œuvre qui nécessitent un fort degré de transformation sur différents maillons d’une chaîne industrielle. Vu que le marché local serait le point focal, la politique de production viserait à faire renaître les industries locales dont les biens-cibles seraient ceux qui sont renouvelables et que la population indistinctement en a besoin. Dans ce cas, la stratégie industrielle la mieux appropriée est la substitution à l’importation. Ainsi, le pays cesserait d’importer ces biens pour les fabriquer dans le pays. Lors, le processus ferait appel à un nombre incalculable de travailleurs.

Dans une telle perspective, les industries textile et de chaussure peuvent être envisagées pour un départ. L’industrie textile à elle seule pourrait former une chaîne de cinq maillons au moins qui sont la production du coton au niveau de l’agriculture, la transformation du coton en fil, celle du fil en tissu et celle du tissu en vêtement. De la préparation du coton pour la filature, dériverait une industrie de huilerie grâce à la transformation des graines de coton. De son côté, l’industrie de chaussures impliquerait l’élevage des animaux dont les peaux acheminées vers la maroquinerie seraient transformées par la suite en chaussure et en une variété de produits en cuir. Parallèlement, de l’élevage découlerait automatiquement une laiterie pour traiter le lait et produire des biens dérivés, et l’industrie de la viande. Ces deux industries sont signalées en raison de leur potentiel de dynamiser le secteur primaire et de propulser d’autres secteurs dans la production de biens locaux pour la consommation locale. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’en existe pas d’autres.

Ayant identifié les secteurs d’activités porteurs avec une forte capacité de génération d’emplois via les effets d’entraînement en amont et en aval, il faut faire une évaluation de l’espace géographique du pays pour déterminer l’atout physique de chaque département comme lieu d’accueil tout en évitant la redondance d’activités. Un département sera ainsi dédié à un secteur d’activités porteur si les conditions physiques sont favorables au développement simultané du secteur en question et du département. Donc, à chaque département il faut un axe d’activités ; ce qui sous-entend la spécialisation de chaque département suivant sa capacité de rendement. Cela ne veut pas dire pourtant que les activités d’un axe ne peuvent pas être entreprises ailleurs dans un coin d’un autre département. Si c’est le cas, ce ne sera pas avec la même ampleur que dans le département hôte.

Avec une telle organisation économique, il reste au gouvernement de faire la promotion de sa vision et de comment il souhaite la mettre en œuvre. Reconnaissant le fait qu’il n’est pas un acteur direct, il inviterait le secteur privé à s’y engager et déterminer le département et l’axe d’activités qui l’intéressent le plus ou qui peuvent lui permettre de maximiser son profit. Contrairement à la politique fiscale actuelle qui tue la formation de capital pour le réinvestissement, les incitations à mettre en œuvre seraient celles qui l’encouragent en permettant aux investisseurs de s’enrichir. Aussi, le gouvernement devrait démontrer sa volonté de jouer sa fonction d’agent de sécurité pour protéger les gains et propriétés de chacun.

Jean Poincy
Juin 2007

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